Premier film de Gonzo, célèbre studio Japonais de par ses séries nombreuses et de qualité, Gin-iro no Kami no Agito s'est vu attribué l'honneur de plusieurs patronymes.
"Agito aux cheveux d'argent", traduction littérale du titre original, suffisamment explicite quant au physique du héros.
"Origine", adaptation française plutôt que traduction. "C'est tout ce qu'il a dit ?" "oui". Bill Murray confirme.
Je lui ai pour ma part trouvé un petit diminutif sympathique et affectueux, qui je pense lui va comme un gant. Ce soir je suis allé voir "Tetsuo-superman au pays de Nausicaa de la vallée des monstro-plantes".
Posons un rapide décor, exercice aussi indispensable à votre compréhension qu'à l'organisation d'une tête encore embrumée d'informations jetées ça et là dans un cerveau tout juste en train de refroidir.
Dans un futur entre proche et lointain, l'humanité, dans sa folie habituelle, a encore payé le prix de ses expériences. Toujours dans le but d'avancer vers une vie meilleure, des scientifiques basés sur la Lune ont créés une végétation mutante, qui se révéla pensante et mouvante. Cette dernière prit le pas sur ses maîtres, détruisit leur satellite et envahit leur planète. La Forêt n'était plus l'appellation d'un lieu paisible et calme, ami des Hommes comme des animaux, mais celle d'une entité omnisciente et omnipotente, contrôlant désormais les faits et gestes des derniers survivants de la race humaine.

Dans ce monde post-apocalyptique partiellement retourné à la nature, deux villes jouxtent la Forêt. La cité de Ragna, bourgeon de civilisation technologique d'acier et de charbon, souhaitant rétablir la domination humaine sur la Terre. Entre elle et son ennemi végétal, la Cité Neutre, prônant l'harmonie avec la Forêt.
Agito est un garçon de la Cité Neutre un peu turbulent. Suite à ses pérégrinations, il réveille par hasard Toola, une jeune fille du passé. Cette dernière se révèlera posséder la clé du plan de retour à la domination de Ragna, qui fera tout pour atteindre son objectif.

D'un point de vue réalisation, Gin-iro no Kami no Agito est assez inégal. Les graphismes varient de 3D magnifique à dessin onirique en passant par ombres mal shadées au photoshop et dessins approximatifs. Les personnages aux traits simples se marient parfois mal au décors complexes et colorés. L'animation aussi suit un tel dénivelé de qualité. Les musiques pour leur part restent honorables et, petit détail amusant, je sais enfin maintenant quel nouveau Gonzo comportait la "nouvelle chanson" de Kokia que je l'avais entendue interpréter à son concert de Paris quelques mois plus tôt.
Scénaristiquement, le tableau est loin d'être positif. Si la première moitié du film s'en sort convenablement, avec une histoire un peu exagérée, frôlant la limite du "science-fictionnement plausible" (comprendre qu'il ne faut pas être trop pointilleux sur les différentes lois régissant l'Univers), la seconde moitié dépasse allègrement et sans remords toute limite connue.
Si le début ne provoquait en moi qu'une légère perplexité, le feu d'artifice d'incohérences, de contradictions et d'hallucinations logistiques qui s'en suivit m'a laissé avec un large sourire et une impression de folie passagère. Faisant fi de toute logique, le film avance inexorablement vers une fin démente où tout est bon pour en rajouter encore et toujours. Sans vouloir rentrer dans des détails pouvant gâcher la découverte du film, citons en vrac un volcan qui marche ("mais d'où vient la lave ?" "t'occupes"), l'ami d'Agito qui repère avec soulagement ce dernier apparaissant au sommet du même volcan (petit hic : le volcan en question est à plus de 5km de distance), ou encore les clichés du genre comme l'autodestruction s'activant lors de la mise hors fonction d'un dispositif crucial, car tout le monde sait que l'autodestruction est montée de série sur tout ce qu'on ne voudrait pas voir exploser.

A cela se rajoutent les références à outrance de piliers du genre de l'animation japonaise. S'il est vrai qu'une fable écologique se passe difficilement d'une nature capable de communiquer et agir, elle peut cependant tout à fait éviter les bras mutants "à la Tetsuo", les villes excessivement polluées rappelant sans détour un Midgar sans Cloud, la forêt agressive qui attaque à grand renfort de dragons noueux remplaçant des ômus restés auprès de leur princesse, ou les super-héros investis de pouvoirs divins capables d'arrêter un tank d'un coup dâ??œil acéré.
La croissance fulgurante de cellules végétales sous microscope, qui illustre l'évolution inexorable des plantes sur la Lune, laisse un arrière-goût de Jayce, sans ses conquérants de la lumière. Quant à la civilisation écrasée par l'apocalypse verte, elle cache en son sein de beaux restes technologiques, des escalators rouillés, des salles protégées, des individus endormis, des armes cachées, renforçant encore un peu plus l'esprit "Akira" du long-métrage.
Que penser de ce film ? A la sortie de la salle, les seuls événements restants en tête reflètent le chaos final et l'impression de bâclage de l'histoire. L'enfilade rythmée de scènes frappantes n'arrive pas entièrement à camoufler le manque évident de profondeur du scénario, qui se contente ici du strict minimum, et la réalisation à la qualité oscillatoire ne joue aucunement en sa faveur.
Si les quelques qualités de Gin-iro no Kami no Agito arrivent à maintenir un certain niveau d'intérêt le long de la projection, ses nombreux défauts n'inciteront pas à vouloir le revoir un jour, ni même à se le remémorer tout court.