Plusieurs points m'ont marqué lors du visionnage de la série. Le premier est sa ressembl... Non, en fait, le premier point, ce sont les noms à la con. Nous avons affaire à un empire au nom britannique, situé sur la carte aux Etats-Unis, dont les nobles -et le héros- ont des patronymes à consonance française. Avoir un réalisateur français en héros ténébreux, on ne voit pas ça tous les jours, surtout pote avec un dieu (Kururugi Suzaku).

Kallen

Mais trêve de plaisanterie, ce qui marque vraiment lorsque l'on découvre les premiers épisodes de Code Geass, c'est la ressemblance frappante entre le héros de la série et celui de Death Note, Light. Non une ressemblance physique, à part peut-être le regard de plaisir sadique que les deux peuvent partager, mais plutôt le mode de pensée et d'action.
Si vous ne connaissez pas Death Note, il s'agit de l'histoire de Yagami Light, étudiant japonais tombant par hasard sur un death note, carnet utilisé par les shinigami (dieux de la mort) pour faire mourir leurs victimes en y inscrivant leurs noms. Il utilisera bien entendu cette capacité pour réaliser son projet de nettoyage du monde. Vous voyez déjà quelques similitudes ? Ce n'est pas fini.
Tout comme Light, Lelouch n'a aucune morale. Il applique avec ferveur l'adage la fin justifie les moyens, et n'hésite pas à laisser des victimes innocentes sur le chemin qui mène à son objectif. Toujours comme Light, Lelouch est un surdoué qui pense à tout, jusque dans les moindres détails de ses plans. Dans cette optique, il en arrive à pratiquer des tests sur son pouvoir, la durée de l'effet, la portée, les limitations... Comme Light.
A la manière de Light ayant reçu son nouveau don par le shinigami Ryuk, Lelouch doit le sien à C.C., qui l'accompagne elle aussi.
Et pour finir, les deux héros sont d'une arrogance sans borne, qui n'a d'égale que le plaisir sadique qu'ils éprouvent lorsqu'ils surpassent une difficulté. Autant dire que si vous aimez le caractère particulier du héros de Death Note, vous accrocherez sûrement à Code Geass.

Clovis

Mais ce n'est pas pour ces ressemblances que j'apprécie cette série, mais pour ses différences avec le gros de la production japonaise. Tout d'abord, et on le remarque assez vite, les protagonistes non-japonais n'ont pas l'esprit japonais. Ce n'est pas une tautologie, mais un agréable constat, qu'on ne malheureusement peut pas faire souvent. Rares sont les séries où les différences culturelles jouent dans le déroulement de l'histoire, cependant dans Code Geass on remarque une véritable cassure entre les Eleven, anciens Japonais, et les habitants de Britannia installés dans la Zone 11 depuis la guerre. Cet état de fait, où les Japonais restent soumis et s'adaptent, tout en tenant à leurs traditions, n'est d'ailleurs pas sans rappeler une certaine période d'il y a un demi-siècle.
De l'autre coté de la victoire, les Britanniens, eux, sont arrogants et sûrs d'eux, installés dans leur nouvelle demeure. La plupart traitent les autochtones comme des parias, et leur système de noblesse à l'européenne creuse encore l'écart entre les classes. Lelouch, dont le nom étranger trahit les origines, a lui aussi un caractère bien différent de l'eleven soumis, voire même des quelques rebelles de ses connaissances.

Le Lancelot

Car rebelles il y a. Loin de la passivité de la plupart des Eleven, et de la naïveté crasse de tout bon héros de shônen, les personnages principaux agissent et réagissent. Lelouch, par exemple, a de grandes ambitions et s'en donne les moyens. Ce qui l'amène irrémédiablement à affronter des difficultés insurmontables et des coups durs imprévisibles. Cependant, au lieu de rester prostré ou de s'étonner que la vie c'est difficile, oh oui vraiment, il imagine des parades, change sa vision du monde, fait des choix même s'ils sont cornéliens.
Tous sont doués d'intelligence, et les réactions sont humaines, pas manichéennes. Pas d'exagération à outrance, pas de super despote débile, la politique est cohérente et, point important s'il en est pour la crédibilité, les rebondissements ne se font pas à coup de Deus Ex Machina.

Le geass

Ajoutez à cela une histoire passionnante, des personnages profonds, des situations intéressantes, et quelques bons questionnements bien placés aussi bien sur le fonctionnement de la société que sur la morale, et vous aurez une série qui se démarque de la bouillie shônen facile à digérer, sans pour autant tomber dans le piège de l'élitisme intellectuel.

Si vous pensez qu'un héros de shônen doit toujours avoir l'esprit chevaleresque, passez votre chemin. Sinon, vous pourrez découvrir avec plaisir ce petit îlot de politiquement incorrect dans un monde de formatage mental.

Lelouch et CC